Toono, khana, feutre : comprendre la yourte avant d'y dormir
Couronne, treillis, perches, piliers, feutre de laine : comment est construite une yourte mongole, d'où viennent ses pièces et ce qu'elles changent pour votre nuit.

Allongé sur le lit, on lève les yeux vers le haut de la yourte. Une roue de bois peinte, d'où partent des dizaines de perches qui rejoignent les murs. Tout tient sans un clou, ou presque. La yourte est un petit chef-d'œuvre d'ingénierie nomade, pensé pour se monter en quelques heures, se démonter en moins de temps encore et tenir tout l'hiver dans les steppes.
Connaître le nom de chaque pièce ne sert à rien pour dormir. Mais ça change le regard qu'on porte sur l'endroit, et ça aide à comprendre pourquoi on y a chaud, ou pas.
En résumé
| Pièce | Nom mongol | Rôle |
|---|---|---|
| La couronne | Toono | Cercle de bois au sommet, laisse passer la lumière et la fumée |
| Les perches du toit | Uni | Relient la couronne au mur, forment le cône |
| Le mur en treillis | Khana | Croisillons de bois qui se déplient en accordéon |
| Les piliers | Bagana | Deux poteaux qui soutiennent la couronne |
| La porte | Khaalga | Basse, en bois, souvent peinte |
| La couverture | Feutre et toile | Isole du froid et protège de la pluie |
Le khana, un mur qui se plie
Le mur d'une yourte n'est pas un mur plein. C'est un treillis de lattes de bois croisées, assemblées par des lanières de cuir ou des chevilles. Replié, il tient sur le dos d'un cheval ou d'un chameau. Déplié, il forme un cercle à hauteur d'épaule. Plus on l'étire, plus le cercle est grand et le mur bas. Une yourte en compte plusieurs sections, et c'est leur nombre qui donne la taille de la yourte.
On parle souvent d'une yourte « à quatre murs », « à cinq murs » ou « à six murs ». Plus il y a de sections, plus la yourte est grande. Une yourte familiale en Mongolie compte en général cinq murs.
Les uni, le toit en parapluie
Du haut du khana partent les uni, de longues perches droites et fines, souvent peintes en orange ou en rouge. Leur pied repose sur le treillis, leur tête s'emboîte dans la couronne. Ensemble, elles forment un toit en cône peu pentu, qui fonctionne comme les baleines d'un parapluie. C'est ce dessin rayonnant que l'on voit en levant les yeux.
Le toono, la couronne
Au sommet, la couronne de bois est la pièce la plus précieuse de la yourte. On dit qu'elle se transmet de génération en génération, même quand le reste est remplacé. Elle laisse passer la lumière du jour et la fumée du poêle. Le soir, on la recouvre en partie d'un rabat de feutre pour garder la chaleur.
Dans les yourtes kirghizes, la couronne s'appelle tunduk. Son dessin figure au centre du drapeau du Kirghizistan. Les perches y sont légèrement courbées, ce qui donne un toit plus arrondi. L'annuaire compte quelques yourtes kirghizes, comme la Grande yourte kirghize du Viaduc en Ardèche ou la Yourte kirghize d'Alès dans le Gard.
Les bagana, les deux piliers
Dans la yourte mongole, deux poteaux peints montent du sol jusqu'à la couronne pour la soutenir. Ils structurent l'espace intérieur : le poêle se place entre eux, au centre. Une tradition veut qu'on ne passe pas entre les deux piliers, ni qu'on s'y adosse.
Le feutre, le secret de la chaleur
Le khana et les uni sont recouverts de plusieurs couches de feutre de laine de mouton. Le feutre est fabriqué en foulant la laine mouillée jusqu'à ce que les fibres s'emmêlent et forment une étoffe épaisse et dense. Il emprisonne l'air, isole du froid et respire, ce qui limite la condensation.
Par-dessus, une toile de coton ou une toile technique protège de la pluie et du vent. Le tout est maintenu par des cordes qui font le tour de la yourte.
C'est cette combinaison qui explique qu'une yourte avec poêle reste confortable en plein hiver. Notre article Une nuit en yourte en plein hiver le détaille.
L'organisation de l'intérieur
En Mongolie, l'espace de la yourte suit des règles transmises depuis des siècles :
- la porte est orientée vers le sud, à l'abri des vents dominants
- le poêle est au centre, sous la couronne
- le fond de la yourte, face à la porte, est la place d'honneur, réservée aux invités et aux anciens
- le côté ouest est traditionnellement celui des hommes, le côté est celui des femmes et de la cuisine
En France, les hôtes reprennent souvent le mobilier peint, les coffres et les tapis, sans forcément suivre toutes ces règles. C'est l'ambiance des yourtes traditionnelles.
Et la yourte contemporaine ?
La yourte contemporaine garde le principe : un mur en treillis ou en panneaux, des perches, une couronne. Mais elle remplace le feutre par une toile tendue, souvent doublée d'un isolant, et ajoute des fenêtres, parfois une porte vitrée. Le plancher est souvent surélevé, avec une terrasse. Notre comparatif Yourte mongole ou yourte contemporaine détaille les différences.
Encore une question ?
Combien de temps faut-il pour monter une yourte ?
En Mongolie, une famille monte une yourte en quelques heures, parfois moins. Les yourtes louées en France restent en place toute l'année, mais elles sont démontées de temps en temps pour l'entretien.
Les yourtes louées en France viennent-elles de Mongolie ?
Une partie, oui, fabriquées par des artisans des steppes. Les autres sont construites en Europe sur le même modèle. L'annonce le précise souvent, et l'hôte aime en général raconter l'histoire de sa yourte.
Pourquoi la porte est-elle si basse ?
Pour garder la chaleur et résister au vent. Une petite porte laisse moins entrer le froid quand on l'ouvre. C'est aussi une question de structure : la porte s'insère dans le treillis, à la même hauteur.
Quelle différence entre yourte mongole et yourte kirghize ?
La structure est proche. La yourte kirghize a des perches courbées qui donnent un toit plus arrondi, et sa couronne s'appelle tunduk. La mongole a des perches droites et deux piliers centraux.
Le feutre sent-il le mouton ?
Un peu, parfois, surtout quand il est neuf ou humide. L'odeur est discrète et disparaît vite avec le poêle. Beaucoup y voient une partie du charme.



